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5 mars 2011

"Voulez-vous passer la ligne verte?"



C'est le GPS qui pose la question, en route vers l'implantation de Qedar, au sud de Maale Adoumim. Dehors Jérusalem semble enfin libérée de sa froidure hivernale. Le désert est vert, les dernières pluies auront suffit à faire fleurir les monts de Judée, d'habitude râblés par la sécheresse. Les chèvres des bédouins broutent les touffes d'une herbe éphémère sur la crête des collines. Dans l'air doux du petit matin, chemises en coton et shorts, nous lestons nos sacs de copieuses réserves d'eau. 

Aux abords du chemin, un berger laisse paître son troupeau. Sur les bords de la piste, le désert est fleuri. 
(Pour voir les photos en plus grande taille, cliquez dessus)

Nous voilà partis pour 20km de marche sur la piste poussiéreuse qui nous mène aux creux des ravins, au delà des étendues vides de cailloux de la vallée du Kidron, dont la quiétude absolue n'est troublée que par les aboiements sporadiques des chiens des villages bédouins dont les enfants descendent observer l'étranger sous le regard veilleur des femmes, dissimulées par leurs amples vêtements et voiles noirs. A califourchon sur son âne, un cavalier téméraire nous suit quelques centaines de mètres, réajuste un keffieh bleu turquoise avant de rebrousser chemin vers les baraques de tôle en contrebas. Pas de route, pas d'électricité. Pas d'eau courante. Mon téléphone ne capte plus aucun réseau. 
 
Il faut traverser la rivière sur un pont de fortune. Ses flots polluées tourbillonnent et charrient sacs plastiques et eaux usées, loin des campements d'une population à peine sédentarisée, vers les filtres en aval, avant que le Kidron ne se jette dans la mer Morte. Le ravin se creuse, suit l'ouverture béante d'une faille entre les arêtes pierreuses, découvre les cavernes cachées dans les courbes de chaque mont rocailleux. Les circonvolutions de la piste nous portent vers les hauteurs, jusqu'à déboucher enfin sur un premier point de vue. Accroché au roc, le monastère St-Sabbas des moines grecs-orthodoxes se dresse à flanc de montagne, baigné par les rayons d'un soleil insolent.


Le vieux moine Sabbas (dont le nom est dérivé du mot hébreu "sabba" pour "grand-père") vivait en ermite dans les grottes de la Palestine byzantine, avant d'être nommé archimandrite¹ des monastères de Judée, et de codifier le premier rite monastique destiné aux églises de byzantines, le Typikon de Jérusalem. Dans son couvent - aujourd'hui le plus vieux cloître habité au monde - un groupe de moines grecs veille jalousement sur ses traditions, enfermé dans un monastère dont les femmes sont soigneusement tenues à l'écart, servis par les fils des familles de bédouins des environs. 
 
Sur une crête à proximité, un arabe palestinien scrute le lointain, protégé par une ombrelle. Le regard se perd dans les rondeurs verdoyantes, le vent agite les branches torturées des oliviers, il est temps de repartir.
 
 
De nouveau, il faut gravir les montées, dégringoler des escaliers creusés dans la pierre, s'aventurer sur un pont de bois peu stable, traverser les plateaux, conquérir les sommets. Sous les caresses d'une brise printanière, nous laissons les paysages presque irréels de nature apaisée derrière nous. Demain, retour à l'armée.


  1 - Archimandrite: un terme grec, propre à l'église byzantine, donné pour honorer un moine supérieur, responsable de plusieurs monastères.  

3 juin 2010

"Nous n'avons pas d'autre choix"


La semaine dernière, vendredi matin. Entre les tentes et les provisions, nos sacs entassés dans le coffre de la jeep s'entrechoquent à chaque tournant. Discussions entre copains sur la route de Galilée, nous remontons la route 90 à travers les territoires palestiniens. Trois heures pour refaire le monde sans parvenir à nous défaire de cette impression d'avancer tel un état funambule, seul à l'heure de tous les dangers.

Au croisement après le checkpoint, un vendeur de pastèques gesticule sur le bord de la route. Cinq pour 20 shekel (4.5€), on en stocke toute une cargaison. L'air conditionné les maintient fraiches pendant que nous descendons vers l'entrée des sources du mont Tabor. Nous poursuivons encore vers le nord, traversons les collines à travers champs à la recherche d'un bosquet d'eucalyptus indiqué sur la carte, et dépassons les villages arabes au loin, dont les gamins mordus de foot trépignent déjà d'impatience en attendant la diffusion du Mondial. Les toits sont couverts de drapeaux, à chaque maison un pays. Les mollets lacérés par les épines des chardons, nous nous frayons ensuite un chemin vers les restes du ruisseau déjà tari, parmi les cactus et autres piquantes créatures végétales sur les collines asséchées.

Toutes les photos sont d'Ido, mon appareil ayant rendu l'âme quelque part sur la route vers Nahal Amud. 
Pour les voir en grand, il faut cliquer!

Dans un champ de paille coupée, nous organisons un campement, allumons un feu, protégé par une muraille de pierre plates pour contenir ses étincelles. La voix lactée éclaire la nuit noire alors que nos légumes finissent leur cuisson sous les braises, bercés par les grincements des arbres qui s'effleurent et se frottent de leurs branches feuillues. La forêt palabre. Au petit matin, Ido grille nos tomates cuites par le soleil dans une chakchouka au goût fumé pendant que j'avale sous un cèdre un bouquin de Murakami. "Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil" - on ne saurait trouver plus adapté à notre situation...

La radio parle d'une flottille internationale en route pour Gaza, nous y prêtons à peine attention tandis que nous longeons le lac de Tibériade pour accéder au Golan et ses cascades d'eau pure. Entrés sur la réserve de Yehudiya, nous rencontrons un caméléon peu farouche, et une végétation luxuriante, aux antipodes de la désolation désertique de la veille. Lors du retour vers Jérusalem, la conversation reprend sur les mêmes sujets.

- "Le moment venu, nous ne pourrons compter que sur nous même."
- "Nous n'avons pas d'autre choix, nous devrons être plus forts."
- "Et surement essayer d'être plus justes, aussi..."

Une semaine a passé. Si la perspective d'une guerre s'éloigne avec les jours qui passent, la crise ne fait que commencer. Les décisions du gouvernement et de l'armée sont loin d'être toutes justifiables, certaines furent même inconsidérées. Il eut fallu que les choses se déroulent différemment, mais prétendre que le bateau turc transportait des humanitaires pacifistes est une vaste tartufferie. Le Hamas peut se gausser, son plan aura bien fonctionné. Voici la seule démocratie de notre région de nouveau accusée, jetée à la vindicte populaire. Le pire des scénarios, comme souvent, est réalisé.


18 juin 2009

"On prend un sac étanche pour l'appareil photo?"


Le mouvement sioniste s'est d'abord développé au sein des mouvements de jeunesses juifs allemands, et l'éducation traditionelle israelienne en est encore aujourd'hui très influencée. Que ce soit au sein des Kibbutzim laïques, dans les colonies de Cisjordanie ou dans les agglomérations du pays, les jeunes israéliens sont encouragés très jeunes à rejoindre un mouvement, et à renforcer en groupe leur lien et leur responsabilité face à la terre et à l'eau.

Par conséquent peut-être, Israel est un des pays au monde dont la portion de territoire allouée aux reserves naturelles est la plus importante. Les enfants israéliens sont éduqués dès la prime enfance à la conservation de l'eau, au respect de la faune, et à la fragilité de la nature... des thèmes écologiques finalement très nouveaux et récemment porteurs en Europe!

Deux chemins très connus, le "Shvil Israel" (Sentier d'Israel) et "Yam-leYam" (De la mer à la mer) permettent de descendre le pays du Nord au Sud, ou de traverser la largeur du pays du lac de Tibériade à la Méditerranée. Dans un pays minuscule, il est souvent possible de commencer d'un paysage caillouteux lunaire pour s'enfoncer dans des gorges ombragées avant de trouver une source naturelle descendant d'une plaine à l'herbe jaunie par le soleil, ou de descendre un ruisseau le long des chemins tortueux d'une montagne verdoyante couverte des ruines d'anciennes citées romaines, grecques, juives et arabes, jusqu'aux arides dunes du Desert de Judée...

Partis avec Arié, Tal, Adi et Daniel mardi matin de Jerusalem pour le Golan, nous avons descendu la rivière du Yehudiya dans une faille rocheuse qui serpente le long d'une vallée asséchée. Au milieu des roseaux, des palmiers, des herbes folles, portés par les chants des oiseaux, le ruisseau s'elargit parfois pour former des piscines naturelles très profondes qu'on traverse à la nage à l'ombre des rochers qui les protègent, avant que la rivière ne tombe alors en cascades plus bas, pour le plus grand plaisir des randonneurs affrontant la fournaise de ce début d'été...