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12 août 2010
"Pluie de météores..."
Sans le vent qui secoue le télescope et fouette nos visages de son sable poussiéreux, l'instant serait presque parfait. J'ajuste la lentille, assez pour entrapercevoir les anneaux de Saturne tandis que le soir tombe, pendant que les autres s'acharnent à éteindre un lampadaire perdu, seul relique civilisée dans ces collines désertées. Entre les hauteurs, quelques lointaines lumières dansent dans l'obscurité - celles d'une colonie juive, d'une ville palestinienne peut-être, à moins qu'elles ne soient déjà jordaniennes. Qu'importe. Le noir s'épaissit, apparait peu à peu la voie lactée qui laisse soudain filer une étoile, illuminer le ciel un court instant, puis une autre. La première nuit perséide commence.
Une myriade d'étoile semble éclairer une nuit sans lune. La pluie de météores annoncée est une légère bruine. Allongée à même le sol sur des nattes tissées, je laisse mon esprit vagabonder entre les constellations, oublie peu à peu les échos des paroles qui m'entourent, et les grattements des touffes d'herbe drue jaunie par la sécheresse. La décision est prise, c'est la bonne. Tout n'est plus qu'une question de semaines. Je rentre dans l'armée pour deux ans, probablement plus tôt qu'initialement prévu. Mon champ de bataille sera celui des idées.
Je repasse dans ma tête les événements de ces derniers jours, les discussions nocturnes sans fin avec les copains, les cousins, et ma maman, justement de passage à Jérusalem. La tension accumulée s'échappe par vagues dans les bourrasques de vent frais. Je m'imagine en uniforme vert olive dans les rues de Tel Aviv, apprivoise doucement ce sentiment d'appréhension légère mêlée d'excitation.
3 juin 2010
"Nous n'avons pas d'autre choix"
La semaine dernière, vendredi matin. Entre les tentes et les provisions, nos sacs entassés dans le coffre de la jeep s'entrechoquent à chaque tournant. Discussions entre copains sur la route de Galilée, nous remontons la route 90 à travers les territoires palestiniens. Trois heures pour refaire le monde sans parvenir à nous défaire de cette impression d'avancer tel un état funambule, seul à l'heure de tous les dangers.
Au croisement après le checkpoint, un vendeur de pastèques gesticule sur le bord de la route. Cinq pour 20 shekel (4.5€), on en stocke toute une cargaison. L'air conditionné les maintient fraiches pendant que nous descendons vers l'entrée des sources du mont Tabor. Nous poursuivons encore vers le nord, traversons les collines à travers champs à la recherche d'un bosquet d'eucalyptus indiqué sur la carte, et dépassons les villages arabes au loin, dont les gamins mordus de foot trépignent déjà d'impatience en attendant la diffusion du Mondial. Les toits sont couverts de drapeaux, à chaque maison un pays. Les mollets lacérés par les épines des chardons, nous nous frayons ensuite un chemin vers les restes du ruisseau déjà tari, parmi les cactus et autres piquantes créatures végétales sur les collines asséchées.
Toutes les photos sont d'Ido, mon appareil ayant rendu l'âme quelque part sur la route vers Nahal Amud.
Pour les voir en grand, il faut cliquer!
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Dans un champ de paille coupée, nous organisons un campement, allumons un feu, protégé par une muraille de pierre plates pour contenir ses étincelles. La voix lactée éclaire la nuit noire alors que nos légumes finissent leur cuisson sous les braises, bercés par les grincements des arbres qui s'effleurent et se frottent de leurs branches feuillues. La forêt palabre. Au petit matin, Ido grille nos tomates cuites par le soleil dans une chakchouka au goût fumé pendant que j'avale sous un cèdre un bouquin de Murakami. "Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil" - on ne saurait trouver plus adapté à notre situation...
La radio parle d'une flottille internationale en route pour Gaza, nous y prêtons à peine attention tandis que nous longeons le lac de Tibériade pour accéder au Golan et ses cascades d'eau pure. Entrés sur la réserve de Yehudiya, nous rencontrons un caméléon peu farouche, et une végétation luxuriante, aux antipodes de la désolation désertique de la veille. Lors du retour vers Jérusalem, la conversation reprend sur les mêmes sujets.
- "Le moment venu, nous ne pourrons compter que sur nous même."
- "Nous n'avons pas d'autre choix, nous devrons être plus forts."
- "Et surement essayer d'être plus justes, aussi..."
Une semaine a passé. Si la perspective d'une guerre s'éloigne avec les jours qui passent, la crise ne fait que commencer. Les décisions du gouvernement et de l'armée sont loin d'être toutes justifiables, certaines furent même inconsidérées. Il eut fallu que les choses se déroulent différemment, mais prétendre que le bateau turc transportait des humanitaires pacifistes est une vaste tartufferie. Le Hamas peut se gausser, son plan aura bien fonctionné. Voici la seule démocratie de notre région de nouveau accusée, jetée à la vindicte populaire. Le pire des scénarios, comme souvent, est réalisé.
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