10 juil. 2009

"Na Nach Nachma Nachman Meuman"


Quand avez-vous croisé dans la rue pour la dernière fois un visage rayonnant de plaisir, éclairé par la gaieté? Ou des inconnus, qui sans un mot se sourient, éxubérants, et dansent leur bonheur au milieu d'une allée? Des gens heureux, joyeux d'être tout simplement? D'aucuns disent qu'en Israel rien n'est privé. Ils ont sûrement raison, mais il en va de la tristesse comme de la joie simple de vivre.

Hier soir, devant une bannière tendue sur la rue piétonne Ben Yehuda, la jeunesse hippie jérusalémite dansait pour la paix. L'arak et la vodka coulaient à flots, les gamins zigzaguaient entre les passants soudain pieds nus, qui se jetaient dans le cercle, emportés par le rythme. Il parait que c'est un concept à Jerusalem, on appelle ça une fête de rue. Une mini-rave s'improvisait pour cette Paix avec un grand P, aussi élusive qu'idéale, aussi euphorique que chimérique.


En même temps, à quelques mètres de là, s'installait le camion ambulant des Hassidim "Na Nach", qui entamait une joute sonore avec le saxophone et la batterie. En cette veille de jeûne, dans la cacophonie générale, les paroles de Bob Marley se fondaient avec la pop hassidique.

Et c'est alors qu'arriva un véritable miracle moderne: une fusion! Un improbable rapprochement des deux groupes, une scène tellement incongrue que les passants sortaient leurs téléphones pour saisir l'instant magique de ces barbus en costumes traditionnels aux bras de jeunes gens dans une ronde mixte devant un panneau "Rotsim Shalom" (Nous voulons la paix).


Mais qui sont-ils, en fait, ces disciples du Rav Nachman de Breslov? Impossible de leur échapper ou de les ignorer, qu'on soit local ou touriste. Leurs pratiques suivent tout à fait celle du Hassidisme, un monde où se mèlent les croyances ésotériques de la Kabbale avec une pratique stricte d'un Judaïsme orthodoxe. Ils laissent leur mantra cryptique partout sur les murs du pays, en lettres géantes simplement graffitées sur les toits, les voitures, les panneaux publicitaires ou même la barrière de sécurité.

Cinq mots étranges: "נ נח נחמ נחמן מאומן - Na Nach Nachma Nachman Meuman"

Ils portent une kippa très large, souvent blanche, brodée du même slogan, et se promènent régulièrement en groupe dans les rues des bastions les plus séculaires d'Eilat, de Tel Aviv ou de Jérusalem, à bord de vans diffusant leur musique techno-hassidique. Dans ces 5 mots de leur cri de ralliement, ils trouvent un chant appellant la rédemption d'Israel, tel qu'annoncé en son temps par le Rav Nachman.



Le chant, selon le Rav Nachman, qui devait aimer les énigmes farfelues, aurait une forme "simple, double, triple, et quadruple". Le mantra, révélé par son successeur, correspond a ces caractéristiques et reprend la tradition hassidique qui encourage la répétition d'une même phrase comme une forme de méditation.

Et le graffiti alors? J'ai fini par demander. Ses deux premiers mots ("Na Nach") sont lus en Yiddish comme une interjection "Maintenant, vers..." tandis que le dernier mot ("Meuman") peut être vu soit comme le nom de la ville ou repose le Rav Nachman, soit comme le mot hébreu pour "accrédité". La traduction la plus plausible donne donc "Maintenant vers Nachman venu d'Uman". Une invitation au pélerinage intérieur en quelque sorte.

Le graffiti "Na Nach Nachma Nachman Meuman" et son smiley attitré qui a rejoint les smileys de la version israélienne de MSN. Pour les linguistes en herbe, en hébreu, le "ch" se dit ici comme en allemand dans le mot "ach" et porte l'accent tonique, le "u" se lit "ou".

Leur coté loufoque en fait des personnages hauts en couleurs, un peu fous et perçus comme tels par la majorité des israéliens, mais tout à fait à leur place dans le fouilli des rues animées et parfois mystérieuses de Jérusalem la nuit...


1 commentaire:

Anonyme a dit…

Coucou Perle,
Petit mot pour te remercier de cette petite enquête, c'est instructif ! J'espère que tout se passe bien pour toi. J'en profite pour te féliciter de ton acceptation à la fac de médecine!!
Mabrouk a3lik!

Au plaisir de te revoir et en te remerciant encore pour ta gentillesse lorsque nous sommes venus.

Maxime