Affichage des articles dont le libellé est Oulpan. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Oulpan. Afficher tous les articles

5 juil. 2009

"Et au passé, ça se conjugue comment?"


L'ambiance de notre classe d'oulpan est similaire à celle de l'école primaire de Springfield. En grande cacophonie, un cortège hétéroclite d'étudiants, américains dans leur très grande majorité, s'achemine tous les matins depuis les portiques de sécurité. Armés de nos bouquins aux couvertures aux couleurs trop vives pour sembler sérieux, on entre dans la fac, pragmatiques sous le flash sporadique des touristes présents pour la visite de groupe, en s'imaginant enfin comprendre la complexe psyché du zèbre lors d'une prochaine visite au zoo...


En Bart Simpson: notre stéréotype ambulant, notre cancre local, fanatiquement à droite et tel une insolente pile électrique vraisemblablement médiquée au Prozac depuis le berceau. Il ne semble fonctionner que flanqué de sa copine, léthargique en comparaison, très maquillée mais à demi vêtue (et encore seulement de morceaux de tissus aux couleurs pastels marqués du sigle de sa "sorority"). Ils gloussent devant ses ongles nouvellement peinturlurés au vernis goût pastèque, c'est un produit "Rak be-Israel" paraît-il. "In Israel only". On veut bien les croire.

Arrivent ensuite un peu essouflés notre vraie mormone, notre jeune (et sexy) prêtre catholique italien, nos quelques autres élèves américains l'air toujours aussi ébahi, mais surtout, nos deux religieuses orthodoxes tout droit sorties de Manhattan, aussi ferventes en féminisme qu'en judaisme, qui prèchent la prière mixte et l'étude simultanée, n'en déplaise aux plus rétrogrades.

Leur pire ennemie? En version plus diabolique de Lisa Simpson atteinte du syndrome de Jerusalem, notre petite Gardienne de la Révolution locale dont la lecture biblique peu humaniste fait frémir l'autre prétendant au trône de l'élève parfait, un Zimbabwéen étudiant a Harvard, qui la toisant de son mépris semble s'absorber complètement dans son étude de la couverture du dictionnaire. Il se redresse dans son siège au premier rang déserté, imaginant sans doute la gloire de lumière divine qui se doit de l'entourer.

En retard cette fois, suit souvent notre unique élève russe, contemplant avec un rictus satisfait les éléments du déclin de l'empire américain. Puis, une américaine chrétienne born-again qui étudie en parallèle l'arabe et s'est érigée en égérie de la cause palestinienne, une jeune fille si discrète qu'on la penserait muette, une anglo-française bobo très sympatique qui mange bio et vote PS...

En fait nous ne sommes pas un mirroir si faussé que ça de la population estivale de ce pays...

29 juin 2009

"Cher(e) candidat(e), nous avons le plaisir..."


Fin de l'attente! Je commence le 18 octobre mon année scolaire à l'Université Hébraïque de Jerusalem en Sciences Médicales! La lettre d'acceptation reçue hier matin est déjà froissée à force d'être lue, revue, scrutée, décryptée, savourée encore et encore.

"Chère candidate, nous avons le plaisir..."

La ruse est finaude: les cours de première année sont identiques à ceux du programme de médecine et sont donnés en commun. A moi la vie étudiante des ruelles de la ville moderne, les trajets de bus farfelus au petit matin, le campus d'Ein Kerem, la biochimie, et les heures folles de la bibliothèque!

En attendant, il s'agit de satisfaire les prérequis de langue sur le campus de Har Hatzofim (Mont Scopus). L'été s'installe, les jours filent et défilent, entre grammaire moderne, structure verbale, presse écrite, et séminaires. Le vent sableux des montagnes de Judée souffle sous un soleil brulant. Les chats prolifèrent , ils se défilent et se faufilent, de nos classes aux jardins orientaux.

Entre 1948 et 1967, l'hôpital Hadassah du Campus Ein Kerem (à gauche), qui abrite la faculté de médecine, remplaça celui du campus de Har Hatzofim (à droite, au dessus de la vieille ville) alors en territoire Jordanien. Ce n'est qu'après la Guerre des Six Jours et la réunification de Jérusalem que l'université, fondée en 1925, a repris ses droits.

Pour tous ceux qui veulent y croire, ce campus est à la fois un lieu de coexistence pacifique et l'accomplissement du rêve sioniste d'une université où l'enseignement se ferait en hébreu. Entres ruines antiques, bâtiments modernes, vergers et pelouses, les groupes discutent en hébreu, en arabe souvent, en anglais parfois, quelle bouffée d'air! Frais arrivés, un peu perdus dans cet endroit sans ordre ni architecture propre, on se fond dans la foule des étudiants qui sortent de cours pour papoter tranquillement assis sur un reste de colonne d'époque romaine, sans plus lui accorder la moindre attention: finalement, c'est surement ça aussi l'intégration.