9 déc. 2009

"Une année sans grève ni guerre"



"Bip Bip Biiiiiiiiiiiiiip Galei Tsahal il est 6 heures et voici les nouvelles..."

La radio berce le branle-bas de combat matinal des résidences. Selon les appartements, la voix des informations résonne en Arabe ou en Hébreu et les échos se mélangent dans la brise matinale. L'air est déjà frais à Jérusalem, les arbres encore feuillus frissonent sous le ciel nuageux. Passage en coup de vent par la boite aux lettres.

Les lettres de l'armée sont ici partie évidente du courrier quotidien, jetées pèle-mèle avec les publicités du supermarché local et les factures de l'université. Elles ont un côté mystérieux, un peu énigmatique. Impossible en arrachant le rabas de supprimer un zeste d'excitation - ou peut-être un peu d'appréhension...

"Oh non! Deux semaines?! Et c'est pendant la période des examens!"

Je vois mon voisin pester, prêt à réduire en miette son enveloppe beige. Rien de bien étonnant, ce genre de missive vous plombe la journée, au même titre qu'un rappel d'impôt. C'est un ordre de "miluim", une mobilisation. Tout citoyen est susceptible d'être rappelé sous les drapeaux dans les corps de réserve, déployé chaque année jusqu'à un mois et personne ne songerait à s'y soustraire, notamment pas les combattants, mais les cours continuent, eux! Et cet officier est bien plus préoccupé par les propriétés réactives du methylcyclopentane que par l'état de ses troupes.

La fac aménage, adapte, organise pour faciliter la vie des réservistes. Dans une certaine mesure. Dans son discours de début d'année, le doyen nous souhaitait d'ailleurs "une année sans grève ni guerre" et savait quelque chose du sujet. En janvier dernier, la proportion d'étudiants mobilisés durant l'opération Plomb Durci était telle que la plupart des facultés du pays s'étaient résolues à suspendre l'année scolaire.

Mes lettres militaires arrivent pour l'instant dans une enveloppe blanche marquée du sempiternel sceau triangulaire et émanent du Lishkat Giyus - le centre de recrutement - de Jérusalem.

La lettre de Tsahal du jour me demande de choisir une position ou d'indiquer une préférence pour un des corps d'armée. Renseignements? Marine? Support médical? Génie militaire? Et tout ça, quand exactement? J'en discute avec un copain dépité d'avoir recu lui une enveloppe beige, alors que son service obligatoire ne s'est fini qu'en juillet. Il est prêt à remuer ciel et terre pourvu qu'on le laisse étudier en paix. A l'ouverture, surprise!

"Cher soldat, l'armée sait que tu n'a pas de famille dans le pays, et tient donc à te souhaiter un joyeux anniversaire"

Pas de trace du papier de mobilisation. N'y croyant pas, il vérifie encore puis hausse les épaules vraisemblablement dérouté. Rien que ce petit mot sur un morceau de feuille découpé. Personne ici n'y croira si on le raconte, mais finalement, ces lettres sont parfois porteuses de bonnes surprises...

1 commentaire:

aaron volfony a dit…

shalom, je découvre ton blog, c'est génial :p et cette lettre de tsahal pour ton anniversaire est émouvante ! cela te donne vraiment l'impression d'être un humain et non un matricule !