6 avr. 2012

"La température extérieure est de 6 degrés"

 
Après un week-end aux frontière nord, un dimanche à batailler avec les divers administrations de l'armée à Tel Aviv, un lundi aux confins de la Cisjordanie et un mardi devant la frontière égyptienne, je m'envole pour Paris! Uniforme replié, écussons et insignes soigneusement rassemblés dans mon béret, j'oublie l'armée pour un mois au pays où coulent le camembert et le vin. Les copains, eux, seront en partie déployés tout ce temps aux frontières et aux divers quartiers généraux de Tsahal... 

Bonnes fêtes à vous tous, de Pâques et de Pessa'h! 


31 mars 2012

"Voir Jérusalem..."

 
Ce sont ces moments - alors que l'oeil s'habitue doucement à l'obscurité pour entrevoir les contours abscons d'une base perchée dans les reliefs, alors que l'humidité se lève à peine et que le froid perce la toile verte des uniformes, quand un soleil encore blafard annonce que l'aube succède à la nuit. A bord un bus bringuebalant qui soupire entre les virages serrés et fonce dans le matin balbutiant, qui nous entraîne toujours plus au nord, dans un demi-sommeil secoué par une route caillouteuse. Au contact froid d'un stylo dans la poche des gilets-terrain ou d'une caméra, ou d'un casque. Je rêve de voyages improbables. 

"Je voudrais voir Beyrouth..."

Et dans les yeux de certains pétille à cet aveu l'envie similaire, de découvrir le Caire sans sur chaque pas se retourner, d'enfin voir cette Téhéran au jasmin entêtant, de pénétrer dans Sana'a rougeoyante au levant. "Tu peux, non? Avec ton passeport français!" - mon sésame ne suffira pas. Non, je veux voir cette ville sans me cacher, vivre des discussions enflammées de géopolitique et de situations figées, gouter des pâtisseries au miel à l'Ouest de Beyrouth, rencontrer les Libanaises aux décolletés provocants à l'Est, et parler avec celles voilées jusqu'aux ongles au Sud. 

"Metulla! Dernier arrêt!"


C'est la Journée de la terre, nous sommes vendredi. Tsahal est en alerte, pas question de risquer de laisser le scénario des infiltrations du Jour de la Nakba en mai dernier se reproduire. Devant nous, quelques derniers mètres d'une zone militaire fermée le long de la Ligne Bleue et de l'autre coté de la frontière, le Liban. Un hélicoptère blanc de la FINUL survole la zone, ses vrombissements se mêlent à l'appel à la prière d'un muezzin... Tout est calme. 

Pour tromper l'attente, on grignote des fruits secs, avant de contempler les survols d'oiseaux migrateurs vers l'Europe. Ils sont en retard pour le printemps. On parle de films, de livres. "Tu as vu Valse avec Bashir?" Je me rappelle la séance d'un MK2 parisien, sa musique singulière, l'atmosphère feutrée puis apocalyptique, la culpabilité brûlante. On parle de guerre, de peurs profondes et d'absurdité. Devant nous, le Liban affiche son calme déroutant. Les émeutiers sont retenus à Beaufort par l'armée régulière libanaise. "Et Séparation, vous avez vu?" L'oscar iranien est un phénomène en Israël, il est toujours projeté dans une salle branchée de Jérusalem, en version originale.

Un pacifiste s'est photographié il y a quelques semaines avec sa fille sur un toit de Tel Aviv. Son affiche et un message simpliste mais fédérateur ("We love you Iranians. We will never bomb your country") ont enflammé la blogosphère israélienne. L'an prochain, nous ne serons plus soldats. On fantasme soudain de revenir à la frontière, avec des panneaux à l'attention des masses arabes. "Tout simple, 'peace', et on amène des centaines d'étudiants de Tel Aviv. Et à la place des soldats, ils voient des Israéliens qui veulent la paix!" On y croit pas du tout. Mais quand même, tout est possible en Orient répètent nos commentateurs les plus pessimistes. Alors pourquoi pas en bien aussi?

A la frontière syrienne, les hauteurs du mont Hermon enneigé se perdent dans une brume peu saisonnière, et tout est calme aussi. Certains commentent déjà la situation comme preuve de l'essoufflement du régime syrien. Reste qu'à Dera'a, à quelques kilomètres à peine, le pouvoir tue. Postés de notre coté face à la barrière renforcée depuis les incidents de l'an dernier, les observateurs de la Croix Rouge n'ont pas ici grande utilité.

 A gauche, Israël et le village druze de Maj'd El Shams. A droite, la zone tampon controllée par la FNUOD - une force d'observations de l'ONU - et derrière, la Syrie. 


Des forces de la police militaires sont déployées face aux positions de l'ONU, d'où les émeutiers s'étaient jetés sur la frontière l'an dernier. Dans les territoires, la manifestation à Qalandia puis à Bethléem s'est transformée en émeute. A Gaza, la foule haranguée par les prêcheurs du Jihad Islamique et contenue par le Hamas s'est ruée sur le point de passage d'Erez. Ici, de façon presque irréelle, tout est silencieux. Les Palestiniens de Syrie ne sont pas venus à l'assaut de Jérusalem.

La conversation se noue avec les soldats, engoncés dans leurs tenues protectrices. "Ils sont manipulés c'est certain, mais quelque part il faut arriver à les comprendre. Ils pensent vraiment qu'ils prendront Jérusalem." Menace collective face à la tragédie individuelle. Voir Jérusalem et mourir? Plus tard, le même dilemne fera face de nouveau en évoquant sur la route du retour les colons évacués de Gaza. En attendant, rien ne trouble les jeux des gamins druzes, montés à l'assaut de l'immeuble en construction où les soldats ont pris position...


16 mars 2012

"Tseva Adom - Alerte rouge"

 
Une sirène s'élève de Jérusalem, se faufile entre les murs de pierre, perdue parmi les bruits du vent et le frissonnement des feuilles. Rien à voir avec celles qui ont rythmé cette semaine, celle-ci annonce le début du weel-end... Shabbat, enfin. Dans la maison, les bouillonnements d'une confiture de kumquat et clémentines du jardin troublent à peine la pureté d'une cantate de Bach. Les odeurs assidulées se mèlent aux relents suaves d'un gateau au chocolat cuit, faute de four, à petit feu dans une casserole en fonte. 

Rien ne laisse plus paraître le branle-bas-de-combat de cette semaine mouvementée... L'ordre de mobilisation des garçons collé à la boîte aux lettres dimanche matin, les nuits sans sommeil de Yana coincée avec sa famille sous les roquettes à Ashdod, et mes passages en coup de vent dans une maison désertée avant un bus en partance pour le sud. Vendredi dernier, c'était Pourim à Jérusalem, les restes des costumes trainent encore dans le salon. Samedi, c'était presque la guerre. Presque, pour cette fois. 

Entre les dunes de sable du Négev et les monts caillouteux, le désert israélien est en fleur et partout les ruisseaux exhalent l'eau des pluies de cet hiver exceptionnellement frais. Les rayons d'un soleil blafard jouent entre les reliefs et les giboulées. En début de semaine, je rumine la soudaineté de la tourmente régionale qui semble nous emporter, dans un bus blindé. La situation s'est brutalement détériorée samedi après un l'élimination de la tête d'une des factions armées de Gaza, les roquettes pleuvent sur le sud du pays. La nature me saisit de sa beauté sauvage et de sa réalité brute. 

Aux abords d'une des batteries du système Dôme de Fer déployé pour protéger les villes des tirs, une soldate me propose lundi des "Oreilles d'Aman" dans une boîte en plastique embarquée de la cuisine de ses parents alors que l'armée rappelait ses forces actives au milieu du week-end. Les petits biscuits triangulaires sont traditionnels de la fête de Pourim, censés représenter les membres du méchant vizir perse qui rêvait d'annihiler les Juifs du royaume. "Toute ressemblance avec des éléments du réel serait totalement fortuite" glisse-t-elle, alors qu'à l'activation des sirènes nous nous réfugions dans un carré de béton armé posé sur la colline. 

On n'en voit plus la fin. Depuis mercredi, le cessez-le-feu en vigueur n'empêche pas les tirs de continuer à petit feu. Cet après-midi, goûter de la coloc réunie à Jérusalem, sur la table humide du jardin entre les passages pluvieux. On rit de bon coeur des mésaventures de Yana surprise par une alerte et dégoulinante de shampoing dans sa fuite vers l'abri... Ce blog vous promettait le quotidien presque normal de ce pays fou. Si bizarre que cela puisse paraître, je ne voudrais être nulle part ailleurs.

2 mars 2012

"Jérusalem c'est l'Europe!"

 
"C'est comme de la pluie en slow-motion!"

Yam découvre la neige pour la première fois et toute la colocation accourt à la porte dès l'aube, réveillée en sursaut par ses cris émerveillés. Tant annoncée ces dernières semaines, nous avions fini par ne plus y croire. En Israël, la neige fait partie des nouvelles qui ouvrent les informations - avant l'Iran, les massacres en Syrie et les scandales locaux. Sur la radio militaire hier, la voix grave du présentateur semblait trahir une excitation enfantine. Il neige! 

Jérusalem semble suspendue entre terre et nuages, vide, entièrement absorbée par la magie hivernale. Et nous, arpentant la vieille ville, trempés mais trop joyeux, la découvrons transformée pour quelques heures en un Montréal oriental. Un post tout en images...


Dans le quartier juif de la vieille ville, le silence est enfin troublé par les hurlements de joies des gamins au sortir d'une yeshiva.

 
Devant le mur des lamentations, tout est vide jusqu'à l'arrivée d'un groupe d'ados religieux d'une académie pré-militaire, trop heureux de pouvoir jouer dans les quelques centimètres de poudreuse pour prêter attention à la solennité du lieu... et bientôt vertement tancés par un orthodoxe chapeauté! 

  
  
Aperçu ce matin dans le shouk de la vieille ville de Jérusalem: Dark Vador sous les flocons

De retour dans la ville moderne, les enfants hiérosolymitains ont investi les parcs recouverts d'une fine couche de neige blanche qui craque et croustille sous leurs pas. Un môme dévale bientôt une pente en luge et hurle: "Jérusalem, c'est l'Europe!"

25 janv. 2012

"C'est toi le mec du Mossad?"

 
Il fait glacial à Jérusalem, c'est l'hiver en Orient! Les amandiers bourgeonnent, mais dans les rues de Jérusalem, les passants engoncés dans des doudounes cherchent une improbable terrasse chauffée, et sortent bottes en fourrure, bonnets et mitaines. Lancée en vélo dans une longue descente le long du trajet du tramway, je recroqueville mon cou dans mon uniforme, rêvant d'un thé et du retour de l'été.
 
Et 2012 n'est pas de tout repos. La région semble parfois vivre au jour le jour, entre rumeurs d'une potentielle frappe en Iran, quelques soubresauts électoraux en Egypte, et le bruissement médiatique autour d'une reprise avortée des négociations avec l'Autorité Palestinienne. Les Israéliens, comme toujours, rabrouent le sentiment pernicieux d'un présent figé dans l'attente d'un trait d'humour noir. La nouvelle publicité du fournisseur de réseau HOT israélien a provoqué l'hilarité générale, avant de faire beaucoup jaser les journalistes internationaux.
 
Les protagonistes de la série phare de la télévision israélienne, Asfur, s'y rendent en Iran déguisés en femmes - une référence évidente ici à l'opération légendaire à laquelle participa Ehud Barak contre des terroristes de l'OLP à Beyrouth dans les années 70 - mandatés par les services secrets détecter un internaute adepte de la série, qui s'avère être un agent du Mossad dont l'iPad est doté d'applications "explosives"... Une blague apparemment difficilement partagée avec les correspondants étrangers, dont certains n'ont même pas rit jaune.
 
 
Après une semaine loin de chez moi, j'achète à prix d'or le magazine du New York Times dans un stand de la station centrale de Tel Aviv, et monte enfin dans le bus vers Jérusalem. Mes écouteurs vissés sur les oreilles - rock psychédélique anglais - je m'absorbe dans la lecture de l'article central, exceptionnel de qualité, qui pose la sempiternelle question, "Israël attaquera-t-il l'Iran?". Ce n'est qu'en dépassant la dernière jonction avant la ville que je réalise que mes voisins du bus commentent l'objet de ma lecture, en arabe. Ils sont jeunes, étudiants surement, ils ont un look très israélien. J'écoute les mots qui coulent de leurs lèvres, leur conversation mystérieuse dont je ne comprends que quelques mots et noms. Tout de cette langue est extérieur, elle se croise au détour d'une rue, dans un café, bruisse dans le tramway, et s'éteint dès la descente du bus - comme on coupe le son. Sur une télévision de la station de Jérusalem, une équipe d'acteurs israéliens explose une usine iranienne avec une application pour iPad, et je trouve l'idée plutôt drôle.

25 déc. 2011

"Joyeux Noël"

  
Samedi soir, il pleut des cordes! L'eau ruisselle sur les bords de la terrasse, s'abat par trombes devant les immeubles voisins, frappe les fenêtres embuées de la maison. Réunion de crise des colocataires autour d'un thé. "On y va quand même." Tous d'accord, mais pas avant d'engloutir une soupe et d'extirper les manchons en polaires oubliés depuis les premières gardes de l'armée. Dehors les rues sont devenues ruisseaux, les rares passants se pressent à l'abri. 
 
Entre deux passages piétons, Yana distribue les derniers beignets de Hanoukkah¹ - rescapés d'une razzia des copains venus aider au déménagement de son armoire - à des touristes étonnés, et Yam enfile les dates livrées par un kibboutz du sud dans une caisse depuis transformée en boîte aux lettres temporaire. Les murailles de la vieille ville baignent dans une irréelle lumière jaune, battues par le vent et la pluie. Une Hanoukkia² géante se dresse devant la porte médiévale. Quelques pèlerins errent sans but apparent.
 
Après la traversée du shouk, tournant à gauche vers le quartier chrétien et l'église du Saint-Sépulcre. Veille de Noël. Un amas hétéroclite attend l'ouverture de la cour pour la messe de minuit. Il n'est qu'onze heures... Transis de froid, de jeunes israéliens se serrent sous un parapluie tandis qu'un groupe de Philippins - chapeaux rouges de lutins clignotants contre le ciel gris - rit aux éclats. Pas un chat dans les rues du quartier arménien. Mais où sont-ils donc passés? Dans la rue adjacente désertée, un chat s'ébroue sous une gouttière. De vieilles russes grommellent sous leur capes de pluie et se collent à la porte en métal.
 

Et puis, à l'approche de minuit, verdict. La messe n'aura pas lieu! Il fait trop froid. Chacun se regarde un peu hébété. "Il n'y aura rien! Rien! Pas la peine d'attendre!" signale d'une voix rêche une ménagère russe de la main avant de s'enfouir à nouveau sous sa cape de plastique et de disparaître dans la nuit. Direction la Via Dolorosa. Une douzaine d'églises sur le chemin, quelques couvents - c'est bien diable s'il ne s'y passe rien!
 

Mais aucune âme qui vive. Nos pas résonnent entre les flaques d'eau, sur les dalles rendues glissantes par la pluie. Une fois débouchés dans le quartier musulman, à quelques centaines de mètres de la Porte des Lions, nous tombons sur un prêtre orthodoxe très étonné de sa rencontre. "Tout la procession est partie à Bethlehem! Il n'y a rien ici jusqu'à demain matin..." explique-t-il en Russe à Yana dont le parapluie bleu se retourne brutalement, déclenchant l'hilarité générale. Quelques soldats intrigués à leur tour par notre présence confirment ses dires. Noël à Jérusalem n'existe pas. L'an prochain à Bethlehem? L'accès à la ville est interdit aux citoyens israéliens. Bredouilles, donc.
 

Bourrasques de vent. Les dernières hésitations entre un bref passage au couvent de l'Ecce Omo et un retour prématuré à la maison s'envolent. Un homme nous dépasse, Juif, ultra-orthodoxe, son chapeau noir affublé d'un sac en plastique pour le protéger des caprices de l'hiver hiérosolymitain. Lancés à sa suite, d'un pas rapide nous traversons le quartier musulman vers le mur des lamentations. Le portique de sécurité sonne, dans l'indifférence des gardes à son entrée... Quelques irréductibles trempés prient contre les pierres millénaires, surplombés par l'esplanade des mosquées.

Et de nouveau, il faut traverser les ruelles vides du shouk. Nos pas glissent sur les dalles polies, quand soudain, miracle! Un carillon sonne minuit. Course effrénée à la recherche d'un clocher, jusqu'à l'ouverture des portes du temple évangélique. "Fröhliche Weinachten!" Les cierges brulent encore sur les bancs en bois, pommes et étoiles dorées décorent les sapins, et dans une crèche en bois, les santons sentent la cire et la sève de pin. Des fidèles allemands entonnent un psaume, on sent le vin chaud et une odeur suave de cannelle et girofle. 
 

Enfin. C'est donc ça, Noël, dans la vieille ville de Jérusalem. Bien différent de ce qu'on imaginait, mais plutôt émouvant finalement. Nos pèlerins s'en vont réveillonner au premier étage du bâtiment médiéval, nous repartons vers la ville moderne. Dehors, les bus de nuit de la compagnie nationale Egged souhaitent aux passagers de joyeuses fêtes de Hanoukkah...

 
Joyeux Noël, joyeux Hanoukkah, et bonne année à tous!

1. Hanoukkah: fête juive qui commémore le miracle de la réinauguration du second Temple de Jérusalem, après la défaite du roi grec Antiochus par les rebelles juifs. Pour en savoir plus (wikipédia), c'est ici!
2. Hanoukkia: sorte de chandelier à huit branches allumé chaque soir de Hanoukkah pour commémorer le miracle. Pour voir une image, c'est là.

2 déc. 2011

"Jérusalem!"

  
Il a fait frais en Israël ce mois de novembre, de façon inhabituelle. J'écris peu. La pluie qui si soudainement était venue signifier la fin des jours d'été n'a d'abord plus semblé cesser. Transie de froid et d'eau glacée dans mon uniforme, j'ai arpenté les rues de Jérusalem, visité des immeubles en ruine, passé des auditions devant un jury de colocataires frileux, exploré des appartements en plus ou moins bonne compagnie, espéré, attendu. Et peut-être enfin trouvé. 

En attendant, les nuages ont fui, chassé par un vent poussiéreux, qui balaye le sable des rues et agite les bras ballants des glycines sur les terrasses. Le soleil à Tel Aviv perce entre les feuilles jaunies des allées et crépite sur les aspérités des murs blancs face à la mer. Mes cartons sont empilés, déposés chez Eléa. J'ai rendu les clefs de mon taudis à deux pas de la plage. Plus d'attaches.


Retour prévu à Jérusalem, donc. 
 
Une chanson populaire du groupe hiérosolymitain Hadag Nahash¹, entre hip hop et funk, et d'ordinaire plutôt à gauche, résume l'éternelle hésitation des jeunes laïques israéliens entre Tel Aviv et Jérusalem. L'exode n'en finit plus, les couples quittent la capitale pour le centre du pays, poussés dehors par la pression religieuse et le manque de logements abordables. Les relations avec la population ultra-orthodoxe se tendent avec les années, se cristallisent sur la place des femmes en société, alors même que Jérusalem se modernise enfin un peu. Bus séparés, et rues divisées ont fait leur apparition - à l'horreur de ceux qui rêvaient de voir la ville changer. Et pourtant, la vie laïque n'a jamais été aussi organisée et encouragée que sous cette municipalité. Fêtes de rues, festivals, concerts, nouveaux cafés, magasins branchés, maisons de disques et adresses ouvertes durant le shabbat, il existe une réelle toile de lieux réservés au public non-religieux, souvent étudiant.
 
Au shouk Makhane Yehuda, vente de kippa entre les légumes saisonniers

De nouveau, à voir et redécouvrir, et aussi sur ce blog - Jérusalem, la ville des contraires. Celle des ruelles du centre-ville la nuit, et celle de ceux qui ne les empruntent que le jour. Celle des militants de gauche qui habitent dans une implantation, et de leurs voisins "colons". Celle des religieux orientaux, méprisés par les ultra-orthodoxes d'Europe, et méprisants des communautés éthiopiennes. Celle d'Est en Ouest. Ancienne et moderne. Celle de pierre et celle juste rêvée...
 
1. Hadag Nahash: Pour ceux qui se demandaient, le nom du groupe signifie très littéralement "le poisson-serpent", mais c'est en réalité une contrepèterie à partir de la mention Nahag Hadash qui veut dire en Hébreu "nouveau conducteur".