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2 mars 2012

"Jérusalem c'est l'Europe!"

 
"C'est comme de la pluie en slow-motion!"

Yam découvre la neige pour la première fois et toute la colocation accourt à la porte dès l'aube, réveillée en sursaut par ses cris émerveillés. Tant annoncée ces dernières semaines, nous avions fini par ne plus y croire. En Israël, la neige fait partie des nouvelles qui ouvrent les informations - avant l'Iran, les massacres en Syrie et les scandales locaux. Sur la radio militaire hier, la voix grave du présentateur semblait trahir une excitation enfantine. Il neige! 

Jérusalem semble suspendue entre terre et nuages, vide, entièrement absorbée par la magie hivernale. Et nous, arpentant la vieille ville, trempés mais trop joyeux, la découvrons transformée pour quelques heures en un Montréal oriental. Un post tout en images...


Dans le quartier juif de la vieille ville, le silence est enfin troublé par les hurlements de joies des gamins au sortir d'une yeshiva.

 
Devant le mur des lamentations, tout est vide jusqu'à l'arrivée d'un groupe d'ados religieux d'une académie pré-militaire, trop heureux de pouvoir jouer dans les quelques centimètres de poudreuse pour prêter attention à la solennité du lieu... et bientôt vertement tancés par un orthodoxe chapeauté! 

  
  
Aperçu ce matin dans le shouk de la vieille ville de Jérusalem: Dark Vador sous les flocons

De retour dans la ville moderne, les enfants hiérosolymitains ont investi les parcs recouverts d'une fine couche de neige blanche qui craque et croustille sous leurs pas. Un môme dévale bientôt une pente en luge et hurle: "Jérusalem, c'est l'Europe!"

25 déc. 2011

"Joyeux Noël"

  
Samedi soir, il pleut des cordes! L'eau ruisselle sur les bords de la terrasse, s'abat par trombes devant les immeubles voisins, frappe les fenêtres embuées de la maison. Réunion de crise des colocataires autour d'un thé. "On y va quand même." Tous d'accord, mais pas avant d'engloutir une soupe et d'extirper les manchons en polaires oubliés depuis les premières gardes de l'armée. Dehors les rues sont devenues ruisseaux, les rares passants se pressent à l'abri. 
 
Entre deux passages piétons, Yana distribue les derniers beignets de Hanoukkah¹ - rescapés d'une razzia des copains venus aider au déménagement de son armoire - à des touristes étonnés, et Yam enfile les dates livrées par un kibboutz du sud dans une caisse depuis transformée en boîte aux lettres temporaire. Les murailles de la vieille ville baignent dans une irréelle lumière jaune, battues par le vent et la pluie. Une Hanoukkia² géante se dresse devant la porte médiévale. Quelques pèlerins errent sans but apparent.
 
Après la traversée du shouk, tournant à gauche vers le quartier chrétien et l'église du Saint-Sépulcre. Veille de Noël. Un amas hétéroclite attend l'ouverture de la cour pour la messe de minuit. Il n'est qu'onze heures... Transis de froid, de jeunes israéliens se serrent sous un parapluie tandis qu'un groupe de Philippins - chapeaux rouges de lutins clignotants contre le ciel gris - rit aux éclats. Pas un chat dans les rues du quartier arménien. Mais où sont-ils donc passés? Dans la rue adjacente désertée, un chat s'ébroue sous une gouttière. De vieilles russes grommellent sous leur capes de pluie et se collent à la porte en métal.
 

Et puis, à l'approche de minuit, verdict. La messe n'aura pas lieu! Il fait trop froid. Chacun se regarde un peu hébété. "Il n'y aura rien! Rien! Pas la peine d'attendre!" signale d'une voix rêche une ménagère russe de la main avant de s'enfouir à nouveau sous sa cape de plastique et de disparaître dans la nuit. Direction la Via Dolorosa. Une douzaine d'églises sur le chemin, quelques couvents - c'est bien diable s'il ne s'y passe rien!
 

Mais aucune âme qui vive. Nos pas résonnent entre les flaques d'eau, sur les dalles rendues glissantes par la pluie. Une fois débouchés dans le quartier musulman, à quelques centaines de mètres de la Porte des Lions, nous tombons sur un prêtre orthodoxe très étonné de sa rencontre. "Tout la procession est partie à Bethlehem! Il n'y a rien ici jusqu'à demain matin..." explique-t-il en Russe à Yana dont le parapluie bleu se retourne brutalement, déclenchant l'hilarité générale. Quelques soldats intrigués à leur tour par notre présence confirment ses dires. Noël à Jérusalem n'existe pas. L'an prochain à Bethlehem? L'accès à la ville est interdit aux citoyens israéliens. Bredouilles, donc.
 

Bourrasques de vent. Les dernières hésitations entre un bref passage au couvent de l'Ecce Omo et un retour prématuré à la maison s'envolent. Un homme nous dépasse, Juif, ultra-orthodoxe, son chapeau noir affublé d'un sac en plastique pour le protéger des caprices de l'hiver hiérosolymitain. Lancés à sa suite, d'un pas rapide nous traversons le quartier musulman vers le mur des lamentations. Le portique de sécurité sonne, dans l'indifférence des gardes à son entrée... Quelques irréductibles trempés prient contre les pierres millénaires, surplombés par l'esplanade des mosquées.

Et de nouveau, il faut traverser les ruelles vides du shouk. Nos pas glissent sur les dalles polies, quand soudain, miracle! Un carillon sonne minuit. Course effrénée à la recherche d'un clocher, jusqu'à l'ouverture des portes du temple évangélique. "Fröhliche Weinachten!" Les cierges brulent encore sur les bancs en bois, pommes et étoiles dorées décorent les sapins, et dans une crèche en bois, les santons sentent la cire et la sève de pin. Des fidèles allemands entonnent un psaume, on sent le vin chaud et une odeur suave de cannelle et girofle. 
 

Enfin. C'est donc ça, Noël, dans la vieille ville de Jérusalem. Bien différent de ce qu'on imaginait, mais plutôt émouvant finalement. Nos pèlerins s'en vont réveillonner au premier étage du bâtiment médiéval, nous repartons vers la ville moderne. Dehors, les bus de nuit de la compagnie nationale Egged souhaitent aux passagers de joyeuses fêtes de Hanoukkah...

 
Joyeux Noël, joyeux Hanoukkah, et bonne année à tous!

1. Hanoukkah: fête juive qui commémore le miracle de la réinauguration du second Temple de Jérusalem, après la défaite du roi grec Antiochus par les rebelles juifs. Pour en savoir plus (wikipédia), c'est ici!
2. Hanoukkia: sorte de chandelier à huit branches allumé chaque soir de Hanoukkah pour commémorer le miracle. Pour voir une image, c'est là.